Plusieurs pays ont désormais engagé des programmes de couverture LiDAR aérien à l’échelle nationale. Cette évolution modifie l’économie de ce domaine plus profondément qu’aucune avancée technique de la dernière décennie.
Elle supprime le poste de coût qui dominait un projet et déplace la question vers le traitement. Cet article expose ce que ces programmes fournissent, ce qu’ils ne fournissent pas et ce que cela change. Il prolonge l’article consacré à l’urbanisme.
Ce que ces programmes produisent
Une logique commune structure ces initiatives de LiDAR aérien. Elle persiste malgré leurs différences nationales. Le principe consiste à survoler l’intégralité d’un territoire selon des spécifications homogènes, à produire un nuage de points classifié et à le diffuser sous licence ouverte. Quatre caractéristiques les distinguent nettement d’une acquisition commerciale. La couverture est exhaustive plutôt que ciblée, ce qui rend disponibles des zones qu’aucun projet n’aurait justifié de survoler. Les spécifications sont homogènes, ce qui autorise des comparaisons entre régions qu’une mosaïque d’acquisitions disparates interdirait. La diffusion est ouverte, ce qui supprime les restrictions de licence que l’article consacré au coût dans la série précédente a signalées comme invalidant parfois un modèle économique. Et une classification automatique accompagne généralement les données, point que la section suivante développe et qui constitue le nœud de cet article.Ce que la classification livrée vaut
Cette observation détermine la nature du travail restant. Elle mérite d’être posée sans détour. La classification fournie avec ces programmes est produite automatiquement, à l’échelle d’un territoire entier et sans intervention humaine par lot. Trois conséquences importantes en découlent. Elle est de qualité correcte sur les configurations courantes, sol dégagé, bâti isolé et végétation homogène, qui constituent l’essentiel de la surface. Elle est défaillante sur les configurations difficiles, celles que les articles précédents ont recensées, et ces configurations concentrent précisément l’enjeu de la plupart des usages. Et sa qualité varie géographiquement, un paramétrage unique appliqué à un territoire varié produisant des résultats inégaux selon le relief et l’occupation. Une conséquence pratique décisive en découle. Cette classification constitue un point de départ et non un produit fini, et l’essentiel du travail d’un projet consiste à l’évaluer puis à la corriger là où l’usage l’exige.Comment évaluer une classification livrée
Cette opération conditionne tout chiffrage de LiDAR aérien. Elle occupe quelques heures. Le principe consiste à examiner un échantillon représentatif avant de s’engager sur un volume de travail. Quatre vérifications simples la composent. L’ombrage du modèle de terrain sur plusieurs secteurs contrastés, qui révèle immédiatement les défauts de la classe sol. L’examen en coupe de configurations difficiles, arbres surplombant du bâti, ouvrages d’art et zones de forte pente. Le décompte des points non classés, dont une proportion élevée signale les zones que l’algorithme a renoncé à traiter. Et la comparaison à un référentiel externe lorsqu’il existe, cadastre ou base de bâtiments, qui révèle les omissions et les fausses détections. Une conséquence commerciale directe en découle pour un prestataire de LiDAR aérien. Cette évaluation constitue une prestation en soi, peu coûteuse pour le client et révélatrice, et elle débouche fréquemment sur un besoin de correction dont l’ampleur n’était pas soupçonnée.Les spécifications à vérifier
Six éléments déterminent ce qu’un relevé national de LiDAR aérien permet. Ils figurent dans la documentation du programme. La densité nominale de points, valeur moyenne bornant ce qui est résoluble et qui n’est pas garantie en tout lieu. La date d’acquisition par bloc, un programme national s’étalant sur plusieurs années et les blocs n’étant pas contemporains. La saison d’acquisition, déterminante pour le sol sous couvert comme les articles précédents l’ont établi et rarement homogène sur un territoire. L’exactitude altimétrique et planimétrique annoncée, ainsi que la méthode ayant permis de l’établir. Le référentiel de coordonnées et surtout le référentiel altimétrique, source d’erreur fréquente lors de la combinaison avec d’autres données. Et le schéma de classification employé, dont les classes et les seuils peuvent différer de la nomenclature standard. Une observation importante en découle pour un projet de LiDAR aérien. Ces six éléments se consultent en quelques minutes et ils écartent parfois un projet avant tout travail, une saison inadaptée ou une densité insuffisante rendant l’usage envisagé infaisable sur cette source.Ce que ces programmes ne fournissent pas
Cinq limites définissent l’espace du travail restant. Les classes spécifiques manquent, un programme national livrant les classes de base et non les catégories que les usages sectoriels demandent, conducteurs, mobilier ou voirie notamment. La fraîcheur est limitée, un survol national s’étalant sur plusieurs années et sa répétition étant espacée, ce qui rend la donnée ancienne dans les zones qui changent vite. La densité est fixée par les spécifications du programme, généralement adaptée aux usages généraux et insuffisante pour les applications exigeantes. Les produits dérivés livrés, lorsqu’il en existe, sont générés avec des paramètres génériques qui ne conviennent pas à tous les usages. Et la documentation de qualité est globale, une exactitude moyenne à l’échelle nationale ne renseignant pas sur la fiabilité d’un secteur particulier. Cette dernière limite est de loin la plus conséquente. Un utilisateur ne peut pas savoir, à partir des métadonnées fournies, si la classification est fiable sur sa zone d’intérêt, ce qui rend l’évaluation locale indispensable.Ce que cela change pour un projet
Trois déplacements majeurs caractérisent l’effet de ces programmes sur l’économie d’un projet de LiDAR aérien. Le poste d’acquisition disparaît, ce qui abaisse considérablement le ticket d’entrée et rend accessibles des projets qui ne l’étaient pas. Le poste de classification devient dominant, et il prend la forme d’une correction plutôt que d’une production, ce qui en modifie l’organisation. Et la question du calendrier se déplace, un projet n’attendant plus une fenêtre météorologique ni une campagne de vol, mais dépendant de la date du relevé disponible. Une conséquence commerciale importante en découle. Ces programmes n’ont pas réduit le marché du traitement, ils l’ont élargi, chaque zone couverte créant des projets possibles dont chacun demande un affinement que le programme ne fournit pas.La question de l’usage commercial
Une dimension juridique mérite d’être posée car elle conditionne un modèle économique. Une licence ouverte n’est pas une absence de conditions, et trois éléments méritent vérification avant de bâtir une offre. Le droit de réutilisation commerciale, généralement accordé par les licences ouvertes et à confirmer plutôt qu’à supposer. L’obligation d’attribution, souvent présente et facile à satisfaire lorsqu’elle est connue. Et le régime des produits dérivés, la question étant de savoir si un livrable produit à partir de ces données doit lui-même être diffusé sous la même licence, point qui peut affecter un modèle propriétaire. Une observation en découle pour un prestataire de LiDAR aérien. Cette vérification prend quelques minutes et elle prévient une difficulté que l’article consacré au coût dans la série précédente a signalée comme invalidant parfois un modèle économique après sa construction. Une remarque complémentaire mérite ici d’être ajoutée. La donnée étant publique, un client peut se la procurer lui-même, ce qui signifie que la valeur d’un prestataire réside entièrement dans le traitement et non dans l’accès, situation qui clarifie le positionnement plutôt qu’elle ne l’affaiblit.Le travail de correction en pratique
Quatre étapes structurent une prestation de correction en LiDAR aérien. Leur ordre importe. L’évaluation, exposée plus haut, qui établit où se situent les défauts et donc le volume de travail. Le ciblage, qui identifie les zones à reprendre selon l’usage visé plutôt que selon la qualité absolue, une défaillance sans conséquence pour le projet ne justifiant pas d’effort. La correction proprement dite, par sélection de groupes de points comme l’article correspondant l’a détaillé. Et l’ajout des classes spécifiques, opération distincte de la correction et souvent l’essentiel de la valeur pour un usage sectoriel. Une observation importante traverse néanmoins ces quatre étapes. La deuxième détermine le rendement de la prestation, une correction exhaustive coûtant plusieurs fois une correction ciblée pour un résultat équivalent au regard de l’usage.La question de l’échelle
Une difficulté pratique accompagne ces données et elle surprend les projets qui abordent cette source pour la première fois. Un relevé national représente un volume considérable, plusieurs téraoctets pour un territoire de taille moyenne, ce qui interdit les approches valables sur une scène isolée. Quatre conséquences techniques en découlent directement. Le découpage en dalles est imposé par les diffuseurs, ce qui oblige à gérer les objets à cheval sur plusieurs dalles et les recouvrements. Le stockage devient un poste réel, contrairement à l’imagerie satellitaire dont les volumes sont plus modestes à surface égale. Le traitement doit être automatisé et parallélisé, un traitement séquentiel sur un poste de travail devenant impraticable au delà de quelques dalles. Et le suivi d’avancement devient nécessaire, une production sur des milliers de dalles demandant une organisation que quelques scènes ne demandaient pas. Une observation en découle pour un prestataire de LiDAR aérien. Ces contraintes constituent une barrière à l’entrée réelle, et l’infrastructure permettant de les traiter se construit une fois et se réemploie sur tous les projets suivants, ce qui en fait un investissement d’infrastructure plutôt qu’un coût de projet.Les erreurs les plus fréquentes
- Traiter la classification livrée comme un produit fini.
- S’engager sur un volume de correction sans évaluation préalable.
- Corriger exhaustivement plutôt que selon l’usage visé.
- Négliger la date du relevé dans une zone qui change vite.
- Supposer une qualité homogène à partir d’une exactitude moyenne nationale.
- Attendre d’un programme national les classes spécifiques à un usage sectoriel.
- Employer les produits dérivés livrés sans vérifier leurs paramètres de génération.
- Négliger la vérification de densité par rapport à l’exigence du projet.
- Comparer deux zones relevées à plusieurs années d’intervalle sans le signaler.
- Omettre de vérifier les conditions de la licence pour un usage commercial.