Occlusions, flou de mouvement, ré-identification

Les articles précédents ont posé les méthodes. Celui-ci examine ce qu’aucune méthode ne résout entièrement : les configurations où l’information n’est pas dans les images et où la convention remplace l’observation. Il prolonge l’article consacré au contrôle qualité en annotation vidéo.

Les trois familles de difficultés

Trois causes distinctes produisent les défaillances de l’annotation vidéo. L’occlusion, où l’objet est présent et masqué par autre chose. La dégradation d’image, où l’objet est visible et mal résolu, flou de mouvement et compression notamment. Et l’ambiguïté d’identité, où l’objet est parfaitement visible et indiscernable d’un autre. Une conséquence pratique importante en découle. Ces trois familles appellent des réponses différentes, la première une convention, la deuxième un choix d’acquisition et la troisième un renoncement documenté, ce qui rend leur confusion coûteuse en annotation vidéo.

Les degrés d’occlusion

Quatre situations se distinguent. Elles n’appellent pas le même traitement. L’occlusion partielle légère, où l’objet reste identifiable et localisable avec une marge d’erreur. L’occlusion partielle forte, où seule une fraction reste visible et où la localisation devient une estimation. L’occlusion totale brève, où l’objet disparaît quelques images et où la continuité rend le rattachement évident. Et l’occlusion totale prolongée, où le rattachement repose sur une inférence plutôt que sur une observation. Une observation importante en découle. Seule la quatrième situation est réellement indécidable, les trois premières relevant d’une convention à écrire plutôt que d’une limite de la donnée.

Annoter un objet partiellement masqué

Trois conventions d’annotation vidéo coexistent. Leur choix change le corpus. Annoter la partie visible seule, ce qui produit une boîte fidèle à l’observation et une taille qui varie avec le masquage. Annoter l’emprise complète estimée, ce qui produit une taille stable et une part d’invention. Et annoter les deux, une boîte visible et une boîte estimée, ce qui double le travail et lève l’ambiguïté. Une conséquence pratique s’ensuit pour un projet d’annotation vidéo. La première convention produit une variation de taille que les contrôles automatiques signalent comme suspecte, ce qui impose d’accompagner ce choix d’un attribut d’occlusion afin que le contrôle distingue un masquage d’une erreur.

Le flou de mouvement

Cette dégradation est spécifique à l’annotation vidéo. Elle est souvent traitée à tort comme un défaut. Un objet en déplacement rapide s’étale sur plusieurs pixels pendant la durée d’exposition. Trois conséquences en découlent. Le contour devient indéterminé, ce qui rend une délimitation précise impossible et un désaccord entre annotateurs inévitable. La position elle-même devient ambiguë, l’objet occupant une traînée plutôt qu’un point. Et l’apparence change, une texture floue ne ressemblant plus à la même texture nette. Une observation importante en découle. Ces images seront présentes en production, ce qui interdit de les écarter du corpus, et la convention doit préciser où placer la boîte sur une traînée, au début, au centre ou à la fin.

La ré-identification après occlusion

Cette opération concentre la difficulté du suivi. Elle repose sur trois indices. La continuité de trajectoire, un objet réapparaissant là où son mouvement le prédisait. La similarité d’apparence, couleur et forme rapprochant deux observations. Et le contexte, un objet réapparaissant dans une configuration cohérente avec ce qui l’entoure. Trois situations affaiblissent ces indices. La durée, une longue occlusion rendant la prédiction de trajectoire imprécise. Le changement d’apparence, un objet réapparaissant sous un autre angle ou un autre éclairement. Et la présence d’objets similaires, qui multiplie les candidats compatibles. Une conséquence pratique importante en découle pour un projet d’annotation vidéo. Ces trois affaiblissements se cumulent dans les scènes denses, ce qui rend la ré-identification la plus difficile exactement là où elle serait la plus utile.

Ce que la compression détruit

Cette dégradation invisible mérite d’être exposée. Elle affecte les petits objets d’un corpus d’annotation vidéo. La compression vidéo réduit le volume en supprimant de l’information jugée peu perceptible. Quatre effets mesurables en découlent. Les petits objets perdent leur texture et deviennent des taches de couleur. Les contours produisent des artefacts en blocs, ce qui déplace la frontière apparente. Les images intermédiaires portent moins d’information que les images clés, ce qui rend la qualité variable au sein d’une même séquence. Et le mouvement rapide déclenche une compression plus agressive, ce qui dégrade précisément les moments difficiles. Une observation en découle. Le dernier effet est le plus pénalisant et le moins connu, la compression et le flou de mouvement se cumulant sur les mêmes images, ce qui produit une dégradation bien supérieure à ce que chacun produirait seul.

Ce que la convention doit prévoir

Six décisions de convention couvrent l’essentiel de ces difficultés. Elles s’écrivent avant la production. Le seuil de visibilité au delà duquel un objet cesse d’être annoté. Le traitement d’une occlusion, interruption, suspension ou interpolation à travers. La durée au delà de laquelle un rattachement n’est plus tenté. La position de la boîte sur un objet flou. La conduite à tenir lorsque deux candidats sont également plausibles. Et l’attribut permettant de marquer une décision incertaine. Une conséquence pratique en découle pour un projet d’annotation vidéo. La cinquième décision est la plus souvent omise et la plus déterminante, l’absence de règle conduisant chaque annotateur à trancher selon son intuition et produisant une incohérence qu’aucun contrôle ne rattrape.

Les objets à la limite de résolution

Une quatrième difficulté accompagne les trois précédentes et elle est purement quantitative. Un objet lointain occupe trop peu de pixels pour être qualifié de façon fiable. Quatre conséquences en découlent. La classe devient incertaine, une silhouette de quelques pixels pouvant appartenir à plusieurs catégories. La délimitation varie fortement entre annotateurs, un pixel d’écart représentant une part importante de l’objet. La détection elle-même devient inconstante, un même objet apparaissant et disparaissant selon le contraste local. Et le coût par objet augmente alors que sa valeur pour l’entraînement diminue. Une conséquence pratique importante en découle pour un projet d’annotation vidéo. Ces quatre conséquences justifient de fixer une taille minimale en dessous de laquelle un objet n’est pas annoté, seuil chiffré qui économise du travail et supprime une source majeure d’incohérence.

La classe des cas indécidables

Cette catégorie doit exister dans toute nomenclature d’annotation vidéo. Son absence produit un dommage silencieux. Certaines configurations ne portent pas l’information nécessaire à une décision. Trois bénéfices accompagnent cette classe en annotation vidéo. Elle évite un choix arbitraire, qui introduit du bruit dans le corpus sans que rien ne le signale. Elle mesure la part réellement indécidable, information qui borne la performance atteignable. Et elle localise les configurations à traiter, chaque cas marqué pointant une convention manquante ou une limite de la donnée. Une observation importante en découle. Un taux anormalement bas sur cette classe indique que les annotateurs ont cessé de l’utiliser plutôt qu’une amélioration, ce qui en fait un indicateur à interpréter dans les deux sens.

Ce que l’acquisition peut corriger

Quatre décisions amont réduisent ces difficultés. Elles échappent à l’annotation elle-même. La durée d’exposition, dont la réduction diminue le flou au prix d’une image plus sombre. La cadence de capture, une cadence supérieure réduisant le déplacement entre deux images et facilitant l’appariement. Le débit de compression, dont l’augmentation préserve les petits objets au prix du volume. Et le placement de la caméra, un angle plus élevé réduisant les occlusions mutuelles entre objets. Une conséquence pratique s’ensuit. La dernière décision est la plus efficace et la moins coûteuse, un changement d’angle supprimant une part des occlusions plutôt que de les rendre plus lisibles, ce qui la place avant toute considération de traitement.

Ce que l’assistance ne résout pas

Trois limites bornent l’apport des modèles d’assistance sur ces configurations. Un modèle propose un rattachement plausible sans disposer de plus d’information qu’un annotateur, ce qui produit une décision confiante et non fondée. Le biais de validation joue plus fortement ici qu’ailleurs, une proposition sur un cas difficile étant précisément celle qu’il faudrait examiner. Et une erreur sur ces configurations se propage, une permutation à une occlusion contaminant tout ce qui suit. Une observation importante en découle pour un projet d’annotation vidéo. Ces trois limites conduisent à une règle simple, l’assistance traite les segments faciles et l’humain traite les occlusions et les croisements, répartition qui concentre l’effort là où l’automatique échoue.

Mesurer ce qui est indécidable

Une opération quantifie cette part et elle borne toute exigence contractuelle. Deux annotateurs traitent une séquence contenant des occlusions et leurs rattachements se comparent. Trois informations exploitables en découlent. Le taux d’accord sur les rattachements après occlusion, généralement inférieur à l’accord sur les détections. La durée d’occlusion au delà de laquelle cet accord s’effondre, qui fournit le seuil de rattachement à retenir. Et la liste des cas de désaccord, matière première du référentiel. Une conséquence pratique importante en découle. La deuxième information transforme un seuil arbitraire en valeur mesurée, opération qui occupe quelques heures et qui remplace une convention discutable par un constat.

Aborder ces difficultés dans un projet

Cinq questions cadrent ces difficultés d’annotation vidéo. Elles se posent avant la production. Quelle proportion de la durée présente des occlusions. Cette réponse dimensionne la difficulté principale. Le flou de mouvement est-il présent aux vitesses de travail. Cette réponse impose une convention de placement. Les objets sont-ils visuellement distinguables entre eux. Une réponse négative rend la ré-identification structurellement limitée. La caméra peut-elle être repositionnée. Cette réponse ouvre la correction la plus efficace. Et une classe indécidable est-elle prévue. Son absence transforme une limite en bruit. Ces cinq réponses déterminent les conventions à écrire et l’exigence tenable. Les poser avant de commencer évite un engagement sur une continuité que la donnée ne porte pas.

Ce que ce chapitre enseigne

Une observation transversale mérite de clore cet examen. Ces difficultés se répartissent en trois catégories dont une seule relève de l’annotation. Trois constats la composent. Une part relève de l’acquisition, flou, compression et angle de caméra se corrigeant en amont ou pas du tout. Une part relève de la convention, occlusions et seuils demandant une règle écrite plutôt qu’un effort supplémentaire. Et une part est irréductible, deux objets identiques en contact prolongé ne portant pas l’information qui les sépare. Ce constat rejoint celui que les séries précédentes ont établi dans d’autres domaines : distinguer une erreur d’une limite évite de consacrer un effort à corriger ce qui ne peut pas l’être, et cette distinction se pose au diagnostic plutôt qu’après plusieurs tentatives.

Les erreurs les plus fréquentes

  • Traiter le flou de mouvement comme un défaut et écarter les images concernées.
  • Annoter la partie visible seule sans attribut d’occlusion associé.
  • Ne pas fixer le seuil de durée au delà duquel un rattachement n’est plus tenté.
  • Omettre la règle applicable lorsque deux candidats sont également plausibles.
  • Négliger la classe des cas indécidables.
  • Interpréter une baisse du taux d’indécidables comme un progrès.
  • Attendre d’un modèle de suivi qu’il tranche une configuration indécidable.
  • Ignorer le cumul entre compression et flou sur les images de mouvement rapide.
  • Exiger une continuité d’identité que la durée d’occlusion rend impossible.
  • Négliger le repositionnement de caméra, correction la plus efficace.

Les configurations les plus difficiles

Cinq situations cumulent plusieurs des difficultés exposées et elles méritent d’être repérées au cadrage. La foule, où densité, similarité et occlusions mutuelles se cumulent. Le croisement de deux objets identiques, configuration où l’information manque par nature. La scène de nuit, où le bruit du capteur s’ajoute à la compression et au faible contraste. Le passage derrière un obstacle large, où la durée d’occlusion dépasse le seuil de rattachement fiable. Et la caméra mobile en mouvement rapide, où le flou affecte l’ensemble de l’image plutôt que les seuls objets mobiles. Une observation en découle. Ces cinq configurations représentent une fraction modeste de la durée et une part importante du désaccord, ce qui justifie de les échantillonner spécifiquement au contrôle plutôt que d’espérer qu’un tirage aléatoire les rencontre.

Ce que ces difficultés coûtent

Quatre effets sur la charge accompagnent ces configurations et ils se chiffrent. La cadence chute fortement, un cas difficile demandant un examen là qu’un cas ordinaire se traite d’un geste. Le désaccord augmente, ce qui impose une double annotation plus fréquente sur ces séquences. L’arbitrage devient nécessaire, un cas limite remontant à un responsable plutôt que se résolvant sur place. Et la reprise après correction porte sur des segments entiers, une permutation résolue tardivement obligeant à revoir tout ce qui suit. Une conséquence pratique s’ensuit pour un projet d’annotation vidéo. Ces quatre effets rendent le coût par minute d’une séquence dense sans rapport avec celui d’une séquence ordinaire, écart que le lot pilote doit mesurer en incluant délibérément une séquence difficile.

Ce que la multimodalité apporte

Une source complémentaire lève une part de ces difficultés et elle mérite d’être située. Un second capteur observe la même scène selon un principe différent. Trois apports en découlent. L’occlusion n’est pas la même selon le point de vue, un objet masqué pour une caméra pouvant être visible pour une autre. Le flou de mouvement n’affecte pas un capteur de distance comme il affecte une caméra. Et la profondeur sépare deux objets superposés en projection, ce qui lève une part des ambiguïtés de croisement. Trois limites l’accompagnent. Le recalage entre capteurs introduit sa propre source d’erreur. La synchronisation temporelle devient une exigence, deux capteurs échantillonnant à des cadences différentes. Et le coût d’annotation croît, chaque modalité ajoutant une vue à traiter ou à vérifier. Une observation en découle pour un projet d’annotation vidéo. Ces apports justifient une seconde modalité lorsque les occlusions dominent les défaillances et pas lorsqu’elles sont ajoutées par principe, distinction qui rejoint le constat établi dans les séries précédentes sur la fusion de sources.

Formuler une exigence tenable

Une méthode en trois temps évite un engagement irréalisable sur ces configurations. Séparer l’exigence par type de configuration, une performance sur séquences ordinaires et une performance sur séquences difficiles n’étant pas comparables. Comparer chaque exigence au désaccord mesuré entre annotateurs sur le même type de configuration. Et déclarer explicitement la part indécidable, qui borne ce qu’un système peut atteindre indépendamment de sa qualité. Une observation importante en découle. La troisième étape est celle que les prestataires omettent le plus volontiers et qui les protège le mieux, une part indécidable non déclarée devenant à la livraison un défaut imputé plutôt qu’une propriété de la donnée.

Ce que l’annotateur doit pouvoir faire

Cinq possibilités conditionnent le traitement correct de ces configurations. Revenir en arrière librement, une décision de rattachement se prenant en comparant l’avant et l’après. Marquer une décision incertaine sans interrompre son travail, faute de quoi le doute se résout par un choix arbitraire. Consulter le référentiel de cas depuis l’interface, plutôt que de mémoriser une convention longue. Remonter un cas non couvert vers un responsable, avec la séquence et l’instant concernés. Et voir la trajectoire déjà annotée, qui rend une incohérence de rattachement visible immédiatement. Une conséquence pratique s’ensuit pour un projet d’annotation vidéo. La deuxième possibilité est la plus déterminante et la plus souvent absente, un annotateur sans moyen d’exprimer un doute produisant une décision que rien ne distingue d’une décision fondée.

Expliquer ces limites à un client

Quatre formulations rendent cette conversation productive plutôt que défensive. Montrer la configuration plutôt que la décrire, une image de deux objets identiques en contact valant toute explication. Distinguer ce qui relève de l’acquisition, du choix de convention et de l’irréductible, ce qui répartit les responsabilités sans les esquiver. Proposer la correction en amont lorsqu’elle existe, un repositionnement de caméra étant une réponse constructive plutôt qu’un constat d’impuissance. Et chiffrer la part concernée, une difficulté portant sur une fraction faible de la durée ne justifiant pas de renoncer au projet. Une observation en découle pour un prestataire d’annotation vidéo. La première formulation est la plus efficace, un client comprenant immédiatement une indécidabilité qu’il voit alors qu’il conteste volontiers une indécidabilité qu’on lui affirme.

Le premier lot et les cas difficiles

Quatre séquences composent un lot pilote qui éprouve réellement les conventions. Une séquence ordinaire, qui fournit la cadence de référence. Une occlusion prolongée, qui teste le seuil de rattachement retenu. Un croisement d’objets similaires, qui éprouve la règle applicable aux candidats équivalents. Et une séquence en conditions dégradées, flou ou faible lumière, qui vérifie que la convention de placement tient. Une observation en découle. Ces quatre séquences représentent quelques minutes, elles produisent l’essentiel des désaccords qui apparaîtraient autrement en production, et leur absence du lot pilote explique la plupart des écarts entre une cadence annoncée et une cadence observée.

La question qui précède les autres

Une question détermine si ces difficultés sont bloquantes ou marginales. Quelle part de la durée présente réellement ces configurations. Une réponse faible place ces difficultés en marge, un traitement par convention et une classe indécidable suffisant à les absorber. Une réponse élevée les place au centre, ce qui justifie une correction en amont, une cadence supérieure ou une seconde modalité. Cette question se répond en visionnant quelques minutes, elle précède toute discussion de méthode, et elle évite de dimensionner un projet entier sur une difficulté qui n’en concerne qu’une fraction.

Ce qu’il faut retenir

Les difficultés de l’annotation vidéo se répartissent entre occlusion, dégradation d’image et ambiguïté d’identité, et ces trois familles appellent des réponses différentes. Trois lectures se dégagent. Le flou de mouvement et la compression se cumulent sur les images de mouvement rapide, ce qui produit une dégradation supérieure à ce que chacun produirait seul et affecte précisément les moments difficiles. La règle applicable lorsque deux candidats sont également plausibles est la convention la plus souvent omise et la plus déterminante, son absence produisant une incohérence qu’aucun contrôle ne rattrape. Et le repositionnement de la caméra est la correction la plus efficace et la moins coûteuse, un angle plus élevé supprimant une part des occlusions plutôt que de les rendre plus lisibles. Pour le cadre juridique qui accompagne certaines de ces séquences, l’article consacré au RGPD et à l’annotation vidéo expose les obligations. Pour la conception du corpus qui couvre ces configurations, l’article sur la préparation d’un dataset vidéo détaille la méthode. Pour approfondir les modalités d’exécution, les formats pris en charge et les dispositifs de contrôle applicables, vous pouvez consulter notre page dédiée à l’annotation 2D et 3D. Et si vous devez traiter des séquences à fortes occlusions, échangeons sur votre projet.
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